Medellin et alentours

1er avril 2021

Nous arrivons sur Medellin en fin de journée par le vol de 17h. L’aéroport est situé sur les hauteurs par rapport à la ville. A la sortie d’un tunnel, nous découvrons un panorama incroyable : la ville immense qui s’étend dans la vallée et ses quartiers qui grignotent petit à petit les flans de montagne.

Nous sommes au milieu de la semaine sainte, grande semaine de festivités et vacances pour les colombiens. La gouvernement a alors mis en place de grosses restrictions cette semaine à cause de la pandémie : couvre-feu de 17h le soir jusqu’à 5h du matin le lendemain. Apparemment tous les quartiers ne le respectent pas, vu que nous traversons la ville après 17h, nous constatons que certains endroits sont encore noirs de monde.

Nous nous installons dans notre auberge de jeunesse, très bien accueillis par notre hôtesse qui a à cœur d’échanger quelques mots avec nous et aider Ludo à améliorer son espagnol 🙂 Ce soir, ce sera repas à domicile vu qu’on ne peut plus sortir !

Le lendemain matin, nous retrouvons nos amis Les 8 Pieds sur terre, rencontrés à Bogota, Véronique, Arnaud et leurs deux enfants Thomas et Sarah. Nous avons rendez-vous tous ensemble avec un guide français, Ludovic, pour découvrir le quartier de la Comuna 13.

Nous débutons notre visite par un peu d’histoire. Medellin était il n’y a pas si longtemps une des trois villes les plus dangereuses du monde. Cela s’explique par une croissance extrêmement rapide de la ville en seulement quelques dizaines d’années sans aucun encadrement ramenant son lot de violence : les paysans y venaient s’y installer en masse espérant une vie meilleure dans la ville. En l’absence de l’état, les groupes guérilleros tels que les FARC et ELN ont vu l’opportunité de faire fructifier leur business et recruter de nouveaux guérilléros. Ils promettaient à ces migrants la protection et la sécurité dans le quartier de la Comuna 13, en contrepartie ils devaient laisser faire leur trafic (drogues, armes, personnes…). A cela se sont ajoutés les narco-traficants puis les groupes paramilitaires formés initialement par le gouvernement mais reconnus indépendants. A la période la plus noire de Medellin, on comptait plus de 7500 règlements de comptes par an, imaginez une moyenne de 20 meurtres par jour ! C’est le président Uribé qui a pris les choses en main pour stopper cette violence et en particulier dans le quartier de la Comuna 13, avec l’opération Orion qui marqua les esprits de cette communauté. Ce fut 3 jours de guerre civile qui ont fini par aboutir à un « traité de paix » entre les différents groupes. Puis des figures importantes de ce quartier ont souhaité sortir de cette image de violence et montrer qu’il y avait du bon à la Comuna 13. Et c’est ainsi qu’un mouvement de la culture Hip Hop s’est petit à petit imposé et a fait renaitre ce quartier : il fallait montrer au monde que la Comuna 13 n’est pas ce que l’on croit mais pleine de gens avec du talent comme dans le rap, le street art ou le hip hop.

Le quartier est très animé en ce vendredi de la semaine sainte. Nous baignons dans une atmosphère festive à la colombienne.

La Comuna 13 est construite sur le flan de la montagne comme la plupart des quartiers défavorisés de Medellin. Il faut donc grimper pour le découvrir. Au cours de la visite, Ludovic nous explique le sens derrière chaque street art, qui exprime très souvent un pan de l’histoire du quartier, un véritable travail de mémoire. Certains des artistes qui ont réalisé ces oeuvres sont des modèles pour la jeunesse du quartier et des leaders communautaires. Nous visitons notamment la galerie d’un de ces artistes

Voici certaines des oeuvres que nous avons pu admirer :

Cette oeuvre rappelle qu’initialement ceux qui sont venus habiter la Comuna 13 sont tous des migrants. Il représente également la culture indigène, qui représente les premiers peuples de Colombie. Enfin l’image de l’enfant avec la poule : en Amérique du Sud, ils ont l’image qu’un enfant qui n’a pas une poule n’a pas eu d’enfance.

Celle-ci représente une des figures emblématiques des peuples indigènes de l’époque du colonialisme au XVème siècle, symbole de résistance et de défense des peuples oppressés.

Nous continuons notre visite en découvrant chacune de ces oeuvres très colorées et riches de sens. Nous découvrons le grand escalateur qui traverse toute la comuna de bas en haut, très bien intégré dans le paysage et accepté par tous les habitants. Il n’est pas taggué ou dégradé. En effet, il a permis de créer un véritable transport en commun et a rendu accessible certains pans du quartier, ce qui a facilité grandement la vie de ses habitants.

Nous nous arrêtons dans une galerie qui regroupe plusieurs artistes.

Nous faisons ensuite la rencontre d’une figure du quartier, Chota 13, photo oblige !

Nous continuons notre promenade avec un stop dans un petit stand qui prépare le Guarapo, une boisson rafraichissante à base de jus de canne à sucre et citron, un régal ! Ludo repart même avec un morceau de canne à sucre à sucer 🙂 Nous atteignons les hauteurs de la Comuna 13 avec des vues imprenables sur ce quartier et sur Medellin plus largement.

Nous nous arrêtons pour le déjeuner chez les Berracas de la Comuna 13 (berraca signifie femme forte), une association menée par 5 femmes pour aider les autres femmes de ce quartier. Elles travaillent dans ce restaurant mais c’est aussi un lieu pour discuter entre elles de leur quotidien pas toujours facile.

Nous sommes arrivés juste à temps avant que l’orage n’éclate, et pas un petit ! Du coup le restaurant, fait de tôles et de bâches principalement, ne résiste pas bien longtemps et commence à fuire de partout. Le repas est un peu épique mais on en rigole bien. On en ressort 2 heures plus tard avec le soleil qui pointe de nouveau son nez. C’est ce qu’on appelle une belle gestion du timing 🙂

Nous terminons la visite de ce quartier en sortant des sentiers battus et en s’enfonçant dans les petites ruelles. Ludovic nous permet ainsi de mieux nous rendre compte de la promiscuité et du quotidien de ces habitants.

Après une petite glace aux fruits de la passion, Ludovic nous ramène au métro et nous lui donnons rendez-vous dès le lendemain pour visiter un autre quartier. Et oui, nous avons été tellement emballés par l’histoire et la visite de la Comuna 13 que nous avons décidé de refaire une visite tous ensemble avec notre super guide français !

Le lendemain matin, nous partons en direction de la Comuna 4 cette fois-ci, également appelée La Moravia. Nous sommes rejoints par nos amis Et pourquoi pas aller voir ailleurs ?

La Comuna 4 est en fait une ancienne déchetterie sur laquelle habitait une grande communauté dans des conditions très précaires mais pour autant ils étaient attachés à ce quartier et son histoire. Quand le gouvernement a décidé de raser la Moravia et d’ « exproprier » ses habitants, des leaders communautaires ont pris les choses en main et ont transformé la déchetterie en un jardin urbain. Et cela a fonctionné, le gouvernement a abandonné le projet.

Ludovic nous reçoit à la Comuna 4 avec 2 figures emblématiques de ce quartier : Jefa une graffeuse et Gloria leader communautaire.

Jefa nous parle de son parcours et notamment son handicap dont elle a fait une force. Aujourd’hui elle réalise du street art dans le quartier avec l’aide de Gloria pour trouver les financements. Pour donner un ordre d’idée, il faut s’imaginer que la réalisation d’un mur peint en termes de coût correspond à un mois de salaire en Colombie.

Gloria nous fait visiter le centre culturel de Moravia dont elle est à l’initiative. Ce centre est ouvert et gratuit pour tous, ainsi il donne accès à la culture, la danse, la lecture, le théâtre, l’informatique… et aussi à la mémoire du quartier, sujet qui tient à cœur Gloria. Ce centre permet une fois de plus de tourner la jeunesse vers de véritables occupations et de les éloigner ainsi des trafics de tout ordre et des mauvaises fréquentations. Gloria s’est naturellement imposée comme leader communautaire et est sollicitée ainsi dans le quartier pour toute type de demande afin de trouver des solutions.

Après le centre culturel, Gloria nous raconte l’histoire de la Moravia au travers des rues, des fresques réalisées par les habitants et même d’une autre oeuvre street art de Jefa qui représente la mère de Gloria qui est à l’origine de la création d’une maison de la petite enfance. Le quartier s’est donc construit au départ sur une déchetterie. Les maisons étaient faites de matériel de récupération : tôles, cartons, plastique… Lorsque la transformation du quartier a été décidée, la montagne de déchets de 35m de haut a été recouverte de terre et la communauté a planté divers végétaux. Aujourd’hui c’est un véritable jardin, sans mauvaises odeurs mais la paix est fragile. Une minorité se rebelle et ne veut pas quitter la colline, il reste donc encore quelques maisons faites de bric et de broc. Nous n’avons d’ailleurs pu rentrer complètement dans le jardin au vue des tensions.

Au cours de la visite, Jefa nous propose de nous initier au street art, ou plutôt au tag pour commencer. En effet, pour s’imposer dans le street art, il faut d’abord avoir sa signature. Les enfants comme les adultes s’en donnent à cœur joie avec nos prénoms et nos surnoms de voyageurs…

Après ces belles découvertes, nous allons déjeuner dans un restaurant local qui sert des truites à la plancha, enfin un plat non frit !!! Nous finissons tardivement car le service est plutôt lent…

Nous laissons notre super guide à la station de métro pour terminer notre journée dans le téléphérique de Medellin, qui amène au quartier de San Augusto. Ce sont des français qui ont implanté le téléphérique dans cette ville. Avec une très faible emprise au sol, ce moyen de transport en commun est très adapté au relief et aux contraintes de construction. Nous profitons d’un panorama splendide sur la ville. Puis nous rentrons juste pour le couvre-feu à quelques dizaines de minutes de près. Mais vu le monde encore dans le métro à 17h, nous étions loin d’être les seuls à ne pas respecter stricto sin sus le couvre-feu.

Le soir, nous rencontrons un jeune couple de français dans notre auberge. Ils sont en Colombie depuis 3 mois maintenant et cherchent à installer un business type auberge de jeunesse en Amérique du Sud. Nous avons pu échanger nos bons plans pour la suite et nous avons eu le droit en prime de terminer leur salade et leur bouteille de rouge qu’ils ne pouvaient emporter avec eux 🙂

Le lendemain matin, nous profitons de notre dernière matinée sur Medellin pour visiter le centre-ville et la fameuse place Botero. C’est très différent des autres quartiers, ici on trouve de grands immeubles, les nombreux vendeurs sur des petits stands de marché, des jeux de chance (Ludo s’essaiera à tourner la roue de la fortune à la demande d’un joueur). Sur la place, on retrouve les nombreuses sculptures de l’artiste colombien. Nous ne pourrons malheureusement pas visiter le musée fermé en ce dimanche.

Nous repassons à notre auberge et après un encas rapide nous partons au terminal de bus pour nous rendre dans un joli village des alentours Guatape. Les citadins s’y pressent le week-end pour recharger les batteries. Finalement nous nous rendrons en taxi pour le même prix. Il nous faut 2 heures pour rejoindre Guatape avec notre conducteur Fanjo… Nous avons juste le temps de faire nos courses avant de nous installer dans notre appartement pour le couvre-feu. Nous avons du temps devant nous et Ludo en profite pour jouer pour la 1ère fois au jeu créé par les garçons (inspiré de Hero Realm).

Le lendemain, nous avons rendez-vous avec nos amis Les 8 pieds sur terre pour grimper en haut de la fameuse Piedra del Penol, une montagne à la forme rappelant certains paysages de Thaïlande, sauf qu’ici il y en qu’une seule entourée d’un lac. Nous nous y rendons avec 2 tuk tuk, très colorés et avec la musique d’ambiance comme toujours.

Après avoir gravi les 750 marches, nous bénéficions d’une vue à 360° sur la région de Guatape et son lac artificiel (une retenue d’eau immense créé pour les besoins en énergie de Medellin et sa région, la Colombie utilise surtout l’énergie hydroélectrique). Le temps est ensoleillé, c’est vraiment magnifique.

Puis nous redescendons à 5 dans un tuk tuk (si si ça rentre !!!) pour rejoindre le centre de Guatapé et flâner dans ses ruelles colorées. Nous prenons notre temps ce jour-là avec nos amis : déjeuner dans un premier restaurant où on reste sur notre faim, alors un petit dessert à la crêperie bretonne du coin (et oui ! beaucoup de français s’installent en Colombie :))

Nous visitons ensuite le village avec Valérie et Jérôme qui se sont installés il y a 4 ans à Guatape. Ils nous expliquent l’histoire des zocalos : ce sont des décorations que l’on trouve en bas du mur de chacune des maisons du village. Initialement, un homme avait peint des moutons dans sa maison et ses voisins lui avaient demandé de reproduire ce dessin sur leurs murs. Puis avec le temps, de plus en plus de maisons présentaient des plinthes principalement de formes géométriques. Jusqu’au jour où en 2008, le maire de Guatape déclara obligatoire que chaque maison ait des zocalos, sur le thème de leur choix. Ce village a donc désormais une véritable signature.

Le lendemain, nous retrouvons de nouveau nos amis Les 8 pieds sur terre pour une randonnée autour du Piedro Del Penol. Nous partons donc à la journée avec notre pique-nique. La ballade nous offre de jolis pointss de vue sur le caillou et le lac morcelé.

Nous rentrons au village en jeep cette fois. Le soir nous retrouvons Et pourquoi pas aller voir ailleurs ? autour d’un verre avant le couvre-feu. Le lendemain matin, Ludo profite d’une petite taille de barbe avant que nous reprenions la route pour la vallée du café.

A suivre…

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